Éric Oberdorff, le chorégraphe qui fait bouger les idées préconçues

Éric Oberdorff, le chorégraphe qui fait bouger les idées préconçues

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Ses performances dépassent la scène pour être dans les rues, les prisons, les musées, les écoles, les quartiers populaires, les entreprises, les maisons de retraite. Capable de balayer les préjugés sur la danse contemporaine, il fait de cet art un moyen d’expression à la portée de tous. Pour lui, il n’y a pas de lieu sur mesure. Il n’y a pas de public spécifique. Pour le chorégraphe Éric Oberdorff, directeur de la Compagnie Humaine à Nice, il y a des émotions à vivre, à ressentir, à partager. Sans tabous, ni barrières. Sans étiquettes, ni restrictions.  

Éric Oberdorff, directeur de la Compagnie Humaine : « C’est la mixité qui est belle. On s’adresse à tous »
Éric Oberdorff, directeur de la Compagnie Humaine : « C’est la mixité qui est belle. On s’adresse à tous »

Plus qu’un chorégraphe reconnu, plus qu’un metteur en scène, cinéaste et photographe passionné, Éric Oberdorff est un homme d’analyse, un vecteur de réflexions. Un artiste qui déborde de créativité mais qui est entièrement conscient de la responsabilité de son rôle. « Je travaille mon regard sur la société. Sur l’être humain. Au travers de gestes, j’offre des pistes pour ouvrir un débat », explique-t-il, lui qui n’hésite pas à rappeler que « créer est plus que jamais un acte de liberté, urgent et nécessaire, symbolique et politique ».

Il crée, donc. Il fait de la danse contemporaine son support d’expression, en transformant chaque geste en histoire, en sentiment, en mise en question. Avec ses performances, les mouvements se remplissent de sens par les émotions qu’ils suscitent. « Le langage corporel est direct, il provoque forcément des résonances », affirme-t-il, lui qui est capable de transmettre avec son œuvre ce qu’il sait lire dans la communication gestuelle que chacun de nous manifeste, même inconsciemment.

Une lecture aussi discrète que respectueuse. Qui parfois se transforme en moment de confidence et de partage, inspirant sa création. Comme dans son projet de vidéo-danse et photographies SUR MA PEAU, réalisé en 2016 avec des femmes en milieu carcéral. Grâce à des ateliers chorégraphiques et d’arts plastiques, les détenues ont pu manifester avec la danse et les images, leurs émotions. Les cicatrices et les tatouages ont servi de point de départ pour leurs expressions corporelles libres, libératoires et émouvantes. Un partage de leurs vécus raconté par leurs corps. « Au début il y a eu de la méfiance, de la gêne, transformées ensuite en volonté de participation » raconte-il « La danse est un instrument de narration là où les mots sont parfois difficiles », complète le chorégraphe qui confie quelques anecdotes.

Ce travail a fait partie du cycle TRACES, dont Éric Oberdorff a développé aussi de 2013 à 2017 le long-métrage Consolation (inspiré du texte Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig Dagerman), la pièce chorégraphique Monde Imagination, le projet iconographique Corpus Fugit, le solo de danse- théâtre Tsunemasa et la performance Mon corps Palimpseste. Tous différents dans la forme, tous avec le thème commun des souvenirs et leur impact sur l‘identité et le parcours de chaque personne. « J’utilise une palette étendue de traitements artistiques mais mes thèmes placent toujours l’humain au cœur de la création », explique cet artiste éclectique dont l’écriture chorégraphique, les images, les vidéos, la musique et les installations plastiques cohabitent dans son œuvre.

 

SUR MA PEAU / © Éric Oberdorff : « La danse est un instrument de narration là où les mots sont parfois difficiles »
SUR MA PEAU / © Éric Oberdorff : « La danse est un instrument de narration là où les mots sont parfois difficiles »

UNE COMPAGNIE HUMAINE

Une œuvre élargie et toujours extensible, la sienne. Car Éric Oberdorff peut créer des ateliers pour les enfants d’une école élémentaire en les aidant à construire des autoportraits dansants dans un projet joliment appelé JE ME DANSE en s’impliquant autant pour son travail avec des danseurs professionnels qui réalisent une performance interactive au milieu des œuvres d’Yves Klein et Niki de St Phalle au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporaine (MAMAC), à Nice. « Nous développons des projets auprès de divers publics. C’est la mixité qui est belle. On s’adresse à tous », dit-il sincère dans ses paroles et actif dans ses choix pour la démocratisation de la danse contemporaine.

En effet, les exemples pour illustrer son attachement à une danse accessible à tous ne manquent pas. Lui qui enlève, brise des barrières et idées préconçues sur l’art qu’il propose. Comme dans sa suggestive performance MUR, une chorégraphie faite sur mesure pour les élèves maçons d’un lycée professionnel à Nice.

Des projets qui dépassent aussi les frontières géographiques, comme les ateliers menés au sein d’un internat dans les montagnes d’Agadir, au Maroc, avec des jeunes filles qui, pour la plupart, découvraient la danse.

D’autres encore qui vont au-delà de la scène, comme le projet euro-méditerranéen  CHECKPOINT, une pièce récente (mars 2018), dont le sujet d’extrême actualité a donné suite à des laboratoires de discussions sur la migration en collaboration avec d’autres artistes. « L’art c’est aussi travailler l’ouverture de ce qui nous est étrange », commente-t-il.

Compagnie Humaine / CHECKPOINT © Éric Oberdorff :« L’art c’est aussi travailler l’ouverture de ce qui nous est étrange »
Compagnie Humaine / CHECKPOINT © Éric Oberdorff : « L’art c’est aussi travailler l’ouverture de ce qui nous est étrange »

COLLABORATIONS

Le travail d’Éric Oberdorff s’inspire et s’enrichit aussi de collaborations avec des artistes issus de diverses disciplines (chant lyrique, musique moderne, littérature, arts plastiques) et provenant de plusieurs pays. « La danse c’est un art qui unit, suscite la rencontre avec d’autres arts », affirme-il. Il y a également des créations en partenariat avec des confrères, comme  le court-métrage en voie de réalisation : SARAJEVO 94, un film basé sur les archives personnelles de la danseuse et chorégraphe bosniaque Jasmana Prolic. Sortie prévue pour 2019.

UN FESTIVAL C’EST TROP COURT

L’art de l’image prend en effet une partie importante dans la création d’Éric Oberdorff, déjà primé pour un de ses films, le court métrage BUTTERFLY SOUL au Cornwall Film Festival (Grande-Bretagne) dans la catégorie « Dance Camera Action ». Une passion qui le légitime à être associé au Festival Européen du Film Court de Nice de cette année. Pour l’édition 2018, Éric Oberdorff et sa Compagnie Humaine ont eu carte blanche pour composer une programmation de films de danse. Ce festival se déroulera du samedi 13 au vendredi 19 octobre 2018, dans une dizaine de lieux de la ville de Nice (www.nicefilmfestival.com) .

SUPPORT CULTUREL

Ce festival figure parmi d’autres projets auxquels Éric Oberdorff participe en partenariat avec des structures culturelles nationales et étrangères, publiques, privés et associatives. Des collaborations essentielles surtout dans les projets d’éducation et de transmission artistique que la Compagnie Humaine développe depuis sa création en 2002 auprès des écoles.
Chaque année, un important projet est suivi par le chorégraphe. « Ce sont des occasions d’expression, de créativité, de mise en confiance, de lâcher-prise », explique le chorégraphe qui, cette année, dirige un projet commun entre plusieurs universités et écoles des Alpes maritimes (six écoles du Collège des écoles d’Art et de Design d’Université Côte d’Azur, des étudiants de l’école Régionale d’Acteurs de Cannes et aussi du Campus SciencesPo Paris de Menton). Ensemble, des jeunes entre 17 et 25 ans, devront répondre à la question trompeusement simple : De quel monde futur rêve chaque étudiant ?  Une première réponse sera donnée  sous forme de « déambulation-laboratoire »  le 8 décembre 2018, à la Ville Arson, à Nice. Une mise en réflexion exprimée par le corps, par le mouvement.

BOUGEONS

Style ou méthode, les gestes improvisés ou répétés qu’il choisit dans sa création ont cette incontestable capacité de libérer des secrets, des vérités, des émotions. En créant les mouvements externes, il incite les mouvements internes. Pour qui danse, pour qui les regarde. « Il y a un effet miroir parfois. Pas forcément de compréhension, mais de ressenti », dit l’artiste ouvrant à l’élasticité des réflexions : « Rien n’est acquis ou immobile. Tout bouge. Nous devons bouger nous aussi ». Il s’associe ainsi à la pensée d’une des divas de la danse contemporaine, Pina Bausch, qui disait : « Dansez, sinon nous sommes perdus ».

* Pour en savoir plus sur les nombreux projets d’Éric Oberdorff,  chorégraphe lyonnais,  ex danseur des ballets de Monte-Carlo et le de l’Opéra de Zurich qui a grandi dans les quartiers populaires de Villeneuve-Loubet dans les Alpes Maritimes et ayant connu les plus prestigieuses scènes dans le monde, rdv sur le site de la Compagnie Humaine, dont il est directeur et créateur : www.compagniehumaine.com .

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